Le blogFournisseurs

Fournisseurs chinois : repérer et éviter les arnaques

Vous êtes prêt à commander, mais un détail vous arrête : un nom différent sur la facture, un nouveau compte ou une preuve de fabrication peu claire. Le bon réflexe est de préciser ce qui manque, puis de le vérifier avant d’aller plus loin.

Sommaire · 4 sections

Les vérifications au fil de la commande #

La vérification ne s’arrête pas au premier acompte. Un interlocuteur peut changer, une facture peut être remplacée et de nouvelles coordonnées bancaires peuvent arriver pendant la fabrication. Se faire passer pour un fournisseur et remplacer ses coordonnées de paiement sont des méthodes décrites par Cybermalveillance. Elles peuvent aussi viser un achat en Chine.

La frise suivante propose un ordre de contrôle. Elle ne mesure pas la fréquence des fraudes et ne garantit pas qu’un contrôle isolé détectera tous les problèmes.

  1. Premier contact

    Relier le contact à une entreprise

    Obtenez le nom légal du vendeur en chinois et son identifiant. Vérifiez l’entreprise et le lien de votre interlocuteur avec elle ; un site ou un catalogue ne suffit pas.

  2. Avant l’acompte

    Relier le paiement à la commande

    Comparez l’accord, la facture et les instructions de paiement. Si un tiers encaisse, son rôle et l’effet du versement sur votre facture doivent être clairs.

  3. Pendant la commande

    Vérifier les changements

    Un nouveau compte ou une nouvelle personne impose une confirmation indépendante. Ne validez pas le changement en répondant seulement au message qui l’annonce.

  4. Avant l’échéance suivante

    Examiner les preuves convenues

    Rapprochez le document, le contrôle ou l’avancement attendu de la référence commandée. Une photo de cartons ne démontre pas leur contenu.

Vérifier l’identité de votre interlocuteur #

Demander une licence d’entreprise est un début. Il faut aussi vérifier que cette entreprise est bien celle qui vous vend et que votre contact agit pour elle. Relevez le nom chinois complet et l’identifiant, puis comparez-les avec la facture et l’accord proposé.

Sur une plateforme, un rapport d’évaluation peut apporter des informations sur l’activité et les installations de l’entreprise. Il ne transforme pas chaque message reçu sous son nom en instruction authentique. Sur Alibaba, par exemple, l’évaluation décrit notamment l’entreprise et ses capacités : lisez le rapport rattaché au profil, pas seulement le badge.

Si le nom de la facture change après le devis, demandez pourquoi et qui prend les engagements. Une société commerciale peut vendre la production d’un atelier ; demandez quel rôle joue chaque entreprise. Une différence inexpliquée est un point à résoudre avant de payer, pas une preuve automatique de fraude.

Confirmer un changement de compte par un autre contact #

Le message peut parler d’un contrôle bancaire, d’un compte bloqué ou d’un nouveau service comptable. Même si l’explication paraît crédible, vérifiez-la. Reprenez un numéro ou un contact déjà connu et faites confirmer les nouvelles coordonnées par ce canal. Cybermalveillance recommande cette vérification indépendante et une procédure de validation des demandes inhabituelles.

Un compte utilisé pour la première fois mérite aussi un contrôle. Demandez le nom complet de son titulaire. Si une plateforme, un agent ou une autre société reçoit les fonds, conservez les documents qui expliquent ce rôle et relient le paiement à votre commande.

Ce que les documents permettent de vérifier #

Pour savoir si le produit a la bonne dimension, il faut la mesurer. Pour savoir si les colis sont partis, il faut pouvoir vérifier l’expédition auprès du transporteur. Les deux questions demandent des preuves différentes. Le guide du connaissement explique notamment ce que ce document de transport atteste.

Exemple fictif : vous commandez des pochettes avec une fermeture précise. Le vendeur envoie une photo de cartons fermés. Cette photo ne permet de vérifier ni la fermeture, ni la quantité contenue dans chaque carton. Demandez la preuve prévue dans votre accord, avec la référence du lot concerné.

Définissez les contrôles et ce qui déclenche les versements avant de conclure la commande. Si l’accord existe déjà, ne lui ajoutez pas seul une condition de paiement : faites traiter le désaccord ou convenez d’une modification écrite.

Une protection de plateforme possède aussi ses propres règles. Les conditions Trade Assurance d’Alibaba, par exemple, encadrent les preuves et le traitement des désaccords sur l’inspection. Le simple mot « protégé » ne décrit pas à lui seul ce que votre dossier permettra d’obtenir.

Distinguer fraude et problème de commande #

Dans la définition française présentée par Service Public, l’escroquerie suppose une tromperie intentionnelle destinée à obtenir un bien, un service ou de l’argent. Le fait que le vendeur réponde encore, ou qu’il ne réponde plus, ne suffit pas à conclure.

Pour avancer, notez d’abord les faits et les pièces disponibles. Les situations ci-dessous indiquent quoi examiner ; elles ne remplacent pas l’analyse juridique d’un dossier entre deux pays.

Le constatLa suite utile
La livraison est en retardComparez la date prévue, l’état de la commande et les informations du transporteur. Demandez une réponse écrite sur l’écart.
Le produit diffère de l’accordConservez l’échantillon, la description acceptée et les preuves du défaut. Décrivez précisément ce qui ne correspond pas.
Un document semble falsifiéVérifiez sa référence auprès de l’émetteur par ses coordonnées officielles et conservez la réponse.
Le vendeur ne répond plusGardez la chronologie et les paiements. Faites examiner les autres éléments ; le silence ne donne pas la cause à lui seul.

Un retard peut résulter d’une difficulté de production. Un produit différent de l’accord peut aussi être accompagné de documents trompeurs. Vous n’avez pas besoin de trancher seul l’intention du vendeur pour conserver les preuves, signaler un doute et utiliser les procédures disponibles dans les délais prévus.

Si vous avez déjà envoyé l’argent #

En cas de soupçon de fraude, contactez immédiatement votre banque. Demandez si elle peut encore arrêter le paiement ou tenter un retour des fonds. La récupération n’est pas garantie. Service Public recommande cette alerte sans attendre.

Un virement international n’exclut pas toute demande de retour. Swift propose aux établissements un service d’arrêt et de rappel de paiement. La possibilité d’agir dépend notamment de l’état du transfert et des établissements concernés ; ce service ne vous donne pas un bouton d’annulation garanti.

Préparez les références du paiement et le nom du compte qui a reçu l’argent. Ajoutez la facture et les messages qui expliquent votre doute. Gardez ensuite une trace datée de vos démarches et des réponses reçues : ces informations aideront la banque, la plateforme ou les enquêteurs à suivre le dossier.

Signalez aussi le problème au service concerné si la commande ou le paiement passe par une plateforme. Pour une suspicion d’infraction, vous pouvez déposer plainte auprès de la police ou de la gendarmerie avec les éléments conservés. Cette démarche ne garantit pas le remboursement et ne remplace pas la réclamation à faire au vendeur ou à la plateforme selon votre contrat.

Un point à éclaircir ?

Questions fréquentes

Un acompte est-il en lui-même un signe d’arnaque ?

Non. Examinez plutôt à qui il est versé, pour quelle commande et selon quelles conditions. Le fait qu’un acompte soit demandé ne prouve pas une fraude ; il ne dispense pas non plus de vérifier l’entreprise et l’accord avant de payer.

Un compte à Hong Kong doit-il faire arrêter la commande ?

Le pays du compte ne suffit pas à conclure. Vérifiez qui en est titulaire et son lien avec le vendeur. Si une autre entreprise encaisse, faites préciser et documenter son rôle avant de valider le paiement.

Une conversation sur WhatsApp supprime-t-elle toute protection ?

Les conditions du service de paiement ou de la plateforme déterminent la couverture et les preuves acceptées. Conservez les échanges et faites reprendre les changements dans l’accord ou la commande concernés. Le nom de l’application ne suffit pas, à lui seul, à décrire vos recours.

L'auteur

Jean Perri

Co-fondateur, agent de sourcing & General Manager de Sino Shipping & Sourcing

Jean Perri, co-fondateur et General Manager de Sino Shipping & Sourcing. Arrivé à Shanghai en 2009, diplômé de Fudan, il accompagne les achats des entreprises francophones en Chine.

Sa page d'auteurLinkedIn

Pour poursuivre

Les notions utiles pour la suite

Le Wiki

Facture pro forma

Une facture pro forma est une offre chiffrée présentée comme une facture. Elle décrit les marchandises proposées et les conditions de vente. Vous pouvez la recevoir avant de commander ou de verser un acompte. Elle ne prouve ni que vous avez payé, ni que les produits sont prêts : vérifiez son contenu avant de donner votre accord.

4 min de lecture

Le Wiki

Connaissement (Bill of Lading)

Le connaissement maritime, ou Bill of Lading (B/L), est le document délivré par le transporteur qui atteste la prise en charge des marchandises et fait preuve du contrat de transport. Sa forme détermine aussi les conditions de leur remise à destination : un PDF reçu par mail n'est pas forcément suffisant pour les retirer.

4 min de lecture