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Faire fabriquer ses lunettes en Chine
Pour choisir un fabricant de lunettes en Chine, précisez si vous achetez une monture, des verres ou une paire montée. Les solaires ordinaires relèvent des équipements de protection ; les montures et verres correcteurs usuels relèvent des dispositifs médicaux de classe I. Vérifiez ensuite les essais, les documents et le rôle de chaque entreprise avant de lancer la série.
Sommaire · 6 sections
Deux devis portant la mention « lunettes » peuvent couvrir des produits très différents : une monture vide, une paire équipée de verres de présentation ou un ensemble prêt à être utilisé. La première comparaison consiste donc à savoir ce que le fournisseur livrera réellement.
Ce guide s'adresse aux professionnels qui souhaitent acheter ou faire fabriquer pour vendre en France. Commencez par écrire ce que vous achetez. Demandez ensuite qui le fabriquera, comment il sera contrôlé et quels documents permettront de le vendre.
Définir la commande : monture, verres et montage
La monture est la structure qui porte les verres. Sa fabrication comprend notamment le travail de la face, des branches, des charnières et des finitions. Le matériau de la face ne suffit pas à décrire l'ensemble : demandez aussi ceux des pièces métalliques, des revêtements et des parties en contact avec la peau.
Les verres ont leur propre définition : matière, forme, caractéristiques optiques et traitements. Un verre de présentation destiné à accompagner une monture vide n'est pas, par cette seule présence, un verre correcteur ou une protection solaire validée.
Le montage consiste à tailler les verres à la forme de la monture, puis à les y installer en respectant leur position prévue devant les yeux. Il peut être réalisé par un opticien, un atelier de surfaçage — qui travaille les surfaces des verres pour obtenir leurs caractéristiques optiques — ou un atelier spécialisé. Ces opérations sont distinctes, mais elles ne sont pas nécessairement réalisées par trois entreprises ou dans trois pays différents.
La monture et les verres se commandent avec des caractéristiques distinctes
Voir en grand Utiliser les pôles industriels pour orienter la recherche
Le panorama publié par l'organisateur du salon WOF en 2019 situe notamment la fabrication à Wenzhou, à Taizhou, dans l'ensemble Shenzhen–Dongguan et à Danyang. Il associe Duqiao et Jiaojiang, dans la région de Taizhou, aux solaires et Danyang aux verres optiques. Ces repères aident à organiser une recherche ; ils ne prouvent pas les capacités actuelles d'une usine particulière.
Pour chaque interlocuteur, demandez les opérations réalisées dans ses locaux, celles confiées ailleurs et l'identité de l'entreprise qui signe le contrat. Une marque chinoise, un fabricant pour d'autres marques et un intermédiaire qui achète et revend ne proposent pas forcément le même service. La question utile reste : qui fabriquera votre modèle et qui contrôlera ses pièces ?
Rendre les devis comparables avant les échantillons
Envoyez une fiche commune aux entreprises consultées. Elle doit préciser le produit attendu et ses variantes. Une même forme en deux matières, deux tailles et trois couleurs ne correspond pas à une seule référence de fabrication.
| Point à définir | Ce qu'il faut faire préciser |
|---|---|
| Monture | Dessin avec mesures, matières, couleurs, charnières, finitions et marquages. |
| Verres | Fonction prévue, matière, caractéristiques, traitements et état livré. |
| Montage | Opérations incluses, compatibilité et contrôles de l'ensemble. |
| Conditionnement | Étui, protection, informations, quantité par carton et pièces de rechange. |
Un plan coté porte les mesures attendues. Faites-y ajouter les tolérances, c'est-à-dire les écarts de mesure acceptés. Pour une monture, une largeur correcte ne garantit pas que les branches, le pont et le logement des verres correspondent à votre projet. Faites confirmer comment ces points seront vérifiés.
Demandez la quantité minimale par modèle, matière et couleur, souvent appelée MOQ. Une quantité annoncée pour une référence déjà au catalogue peut changer si vous demandez une forme exclusive, un autre matériau ou une finition particulière. Faites séparer les frais de développement, l'outillage, les échantillons et le prix de la série.
Sur le premier exemplaire, examinez les deux charnières et l’ouverture des branches. Vérifiez les pièces qui bougent trop, les bords coupants et l’alignement des deux côtés. Convenez avec le fournisseur des gestes de contrôle, du nombre de répétitions et des critères acceptés. Un simple essai d'ouverture à la main ne remplace pas les essais de sécurité ou de résistance nécessaires au modèle.
Gardez un exemplaire accepté et une fiche qui identifie sa version. Toute modification ultérieure — charnière, revêtement, matériau ou fournisseur de verres — doit vous être signalée et suivre les étapes d’accord prévues avec l’usine. Sinon, le lot peut ressembler à l'échantillon sans avoir exactement la même construction.
Distinguer les solaires ordinaires des correctrices
Les lunettes de soleil ordinaires protègent les yeux contre la lumière solaire. Elles relèvent du règlement sur les équipements de protection individuelle, ou EPI. Pour ce risque, hors observation directe du soleil, la catégorie réglementaire est I : la procédure repose sur le contrôle interne de la production, avec déclaration du fabricant. Le fabricant doit réunir les preuves et contrôler les lunettes fabriquées. Ajouter un logo CE ne suffit pas.
Les montures et verres correcteurs usuels relèvent du règlement sur les dispositifs médicaux. Le guide de classification MDCG d'avril 2026 les cite en classe I, selon la règle applicable aux dispositifs non invasifs, qui ne pénètrent pas dans le corps. Ce guide explique le règlement ; il ne crée pas lui-même une obligation légale.
| Produit usuel | Procédure à retenir pour ce cas |
|---|---|
| Solaires ordinaires, hors observation directe du soleil | EPI de catégorie I : contrôle interne de production et déclaration UE de conformité du fabricant. |
| Montures et verres correcteurs usuels de classe I | Déclaration du fabricant après dossier technique, hors cas particuliers exigeant une autre procédure. |
Pour la classe I ordinaire, l'intervention d'un organisme notifié, désigné pour évaluer la conformité, n'est pas systématique. L'article 52 prévoit notamment son intervention pour les dispositifs stériles, ceux à fonction de mesurage et les instruments chirurgicaux réutilisables. Corriger la vision n'est pas mesurer un paramètre : ne classez pas automatiquement une paire correctrice dans les dispositifs à fonction de mesurage.
Cette comparaison concerne les produits usuels décrits. Une lunette de protection professionnelle, un dispositif particulier ou un produit sur mesure doit être examiné séparément. Pour une paire à la fois correctrice et solaire, faites examiner les exigences liées aux deux fonctions avant de retenir le dossier et les essais.
Relier les performances annoncées aux rapports
Pour des solaires, le fait qu'un verre soit foncé ne prouve pas sa protection contre les ultraviolets. Les catégories de filtres, de 0 à 4, indiquent la quantité de lumière visible filtrée : plus le numéro est élevé, moins les verres en laissent passer. Elles ne désignent pas la catégorie I du régime EPI. La catégorie de filtre 4 est inadaptée à la conduite sur route. Les informations et restrictions d'usage doivent correspondre à la paire vendue et être fournies en français pour le marché français.
Une inscription commerciale « UV400 » ne remplace pas le dossier. Demandez les résultats correspondant aux verres, à la monture et aux variantes retenues, avec les références d'échantillons et les méthodes utilisées. Faites préciser les effets d'un changement de teinte ou de traitement sur les essais nécessaires.
Quelle version de la norme solaire vérifier en 2026 ?
La décision européenne 2026/1279 cite EN ISO 12312-1:2022 et son amendement A11:2024 pour les solaires d'usage général. Elle prévoit le retrait des références 2013 et A1:2015 au 16 décembre 2027.
Demandez au professionnel chargé des essais d'indiquer la version utilisée, les points vérifiés et les dates à respecter pour votre commande. Il faut le numéro de la norme et son année pour faire cette vérification.
Attribuer les rôles et réunir le dossier du modèle
L'entreprise qui fabrique matériellement, le fabricant désigné dans les documents et l'importateur doivent être identifiés. Importer depuis la Chine ne transforme pas automatiquement l'acheteur en fabricant : chaque rôle a ses propres obligations.
Pour les EPI, l'importateur doit notamment vérifier que le fabricant a suivi la procédure, établi la documentation et préparé le marquage et les informations requis. Il doit aussi prévoir ses coordonnées, les conditions de stockage et le suivi des défauts ou des règles non respectées. La vente sous son propre nom ou sa marque peut lui faire assumer les obligations du fabricant.
Pour les dispositifs médicaux, le fabricant établi hors de l'Union doit désigner un mandataire, un représentant européen dont le mandat est accepté par écrit. L'importateur vérifie notamment ce représentant, la déclaration, le marquage et l'identification applicable. Il ne devient pas mandataire par le simple fait de recevoir la marchandise.
Si vous commercialisez sous votre marque, faites fixer le rôle avant d'imprimer l'étiquette. L'article 16 prévoit une exception lorsque l'importateur ou le distributeur conclut un accord avec un fabricant qui reste identifié comme tel sur l'étiquette et assume les exigences du règlement. Une simple mention « marque blanche » dans le devis ne démontre pas que ces conditions sont remplies.
Une déclaration doit pouvoir être reliée à la paire
Comparez les références inscrites sur le devis, l’échantillon, les rapports, la déclaration et l’emballage. Si un document couvre une famille de modèles, demandez comment votre référence et ses variantes sont incluses. Un rapport portant sur une matière seule ne décrit pas nécessairement le produit assemblé.
Pour un dispositif de classe I, le travail du fabricant comprend aussi l’examen des risques, l’évaluation clinique, les documents techniques, les contrôles de qualité et le suivi après la vente. L'évaluation clinique examine les données permettant de justifier la sécurité et les performances ; elle ne se réduit pas à l'avis commercial de l'usine.
Conservez les documents qui relèvent de votre rôle et prévoyez l'accès aux informations nécessaires en cas de demande ou de problème. Faites également examiner les substances et matériaux concernés, notamment les parties métalliques et leurs revêtements. Le guide REACH explique cette vérification ; le marquage CE ne remplace pas l'examen de toutes les règles applicables.
Préparer l'identification et l'enregistrement européens
EUDAMED est la base européenne des dispositifs médicaux. Sa partie consacrée à l’enregistrement des entreprises est obligatoire depuis le 28 mai 2026. Fabricants, mandataires et importateurs concernés doivent s'y enregistrer selon leur rôle. Le numéro SRN identifie l’entreprise ; il ne constitue pas une approbation de chaque modèle de lunettes.
L'identification du produit est un autre sujet. L’UDI, ou identifiant unique du dispositif, sert à retrouver et suivre un produit. Pour les montures, les verres de lunettes et les lunettes de lecture prêtes à porter, le règlement 2025/1920 prévoit un Master UDI-DI : un identifiant commun à des variantes qui ont certaines caractéristiques en commun. Son application est prévue au 1er novembre 2028, avec possibilité d'anticipation.
Pour ces produits aux nombreuses variantes, les dates à suivre dépendent de la démarche : attribuer l’identifiant, l’inscrire sur l’étiquette ou enregistrer le produit. Le document MDCG 2025-7 révision 1 explique cette transition et le maintien d'une identification pendant celle-ci. Faites appliquer ce calendrier au modèle avec le fabricant et son mandataire ; ne confondez pas l'enregistrement de votre entreprise et celui de chaque dispositif.
Dès la commande, reliez chaque nom de modèle à ses variantes, ses lots et aux identifiants demandés par les règles applicables. Cette organisation sert aussi au service après-vente : elle doit permettre de retrouver les composants et documents d'une paire donnée, même si le nom commercial a changé.
Calculer le coût rendu et organiser la vente en France
Au prix de fabrication, ajoutez les dépenses réellement nécessaires : développement, échantillons, essais, préparation des documents, contrôles, conditionnement, transport, assurance et dédouanement. Pour les correctrices, précisez aussi les opérations de préparation et de montage qui restent à réaliser après livraison.
Le classement douanier dépend du produit livré : monture, verres ou paire complète ne se décrivent pas de la même manière. Faites vérifier le code, l'origine et les mesures à la date prévue. Aucun taux unique ne peut être déduit du mot « lunettes ». Le guide des droits de douane détaille le calcul à partir du classement retenu.
Prévoyez les pièces de remplacement, les variantes maintenues au catalogue et les conditions de traitement des défauts. Demandez comment seront identifiés les lots, comment une réclamation sera transmise et qui décidera des corrections. Une branche disponible dans une autre couleur ne constitue pas forcément une solution acceptable pour le client.
La délivrance de correctrices reste un métier encadré
En France, la délivrance des verres correcteurs d'amétropie — par exemple pour corriger la myopie ou l'hypermétropie — est réservée aux professionnels autorisés à exercer comme opticiens-lunetiers. Le Code de la santé publique prévoit une prescription en cours de validité par un médecin ou un orthoptiste, dans le cadre applicable.
Un projet d'importation professionnelle doit donc prévoir quels professionnels délivreront les lunettes aux clients. Si vous cherchez simplement à acheter votre propre équipement, faites préciser votre besoin et les conditions de délivrance par le professionnel qui vous suit. Le choix d'un fabricant ne règle pas à lui seul ces questions.
Pour comparer les offres, retenez le prix de la paire telle qu’elle sera livrée, avec les contrôles, les documents et les pièces de remplacement prévus.
Un point à éclaircir ?
Questions fréquentes
Un fabricant de montures fournit-il aussi les verres et le montage ?
Cela dépend de l'entreprise et de la commande. Ces opérations peuvent être réunies ou confiées à plusieurs acteurs. Demandez qui fabrique les montures, qui fournit les verres, qui les taille et qui réalise le montage final.
Les lunettes correctrices exigent-elles toujours un organisme notifié ?
Non. Pour les dispositifs usuels de classe I non stériles, sans fonction de mesurage et hors instruments chirurgicaux réutilisables, le fabricant déclare la conformité après avoir établi le dossier requis. Corriger la vision ne signifie pas mesurer. Un modèle particulier ou un dispositif sur mesure demande l'examen de sa propre procédure.
La mention UV400 suffit-elle pour importer des lunettes de soleil ?
Non. Elle ne remplace ni les preuves des performances annoncées, ni l'évaluation de conformité, ni les informations requises. Les rapports doivent correspondre au modèle et aux variantes réellement commandés.
L'importateur devient-il automatiquement le fabricant légal ?
Non. Il a des obligations propres. Le passage sous sa marque, la modification du produit ou de sa destination peuvent modifier son rôle. Pour un dispositif médical, il faut notamment examiner les conditions et l'exception d'accord avec le fabricant prévues par l'article 16.
