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Chrome VI dans le cuir : comprendre les essais

Les articles en cuir au contact de la peau ne peuvent pas être mis sur le marché européen si leur teneur en chrome VI atteint ou dépasse 3 mg/kg de cuir sec. Faites vérifier les parties concernées, les méthodes et les échantillons du rapport. Un essai de vieillissement peut éclairer un risque, mais ne prédit pas la teneur après transport. Les autres matières et l'étiquetage demandent aussi leur propre examen.

Sommaire · 6 sections

Un rapport « REACH compliant » peut concerner une peau différente de celle de vos sacs, ou seulement leur couleur noire. Avant de l'accepter, cherchez la partie testée, sa référence et le lot auquel il correspond. Une conclusion favorable sur un échantillon ne décrit pas automatiquement toute la commande.

Le chrome VI est un point important pour le cuir au contact de la peau. Il faut aussi examiner les autres matières de l'article, ses conditions d'usage et les informations destinées au client. Voici comment préparer ces vérifications pour une importation en France.

Chrome VI : comprendre le seuil de 3 mg/kg

Depuis le 1er mai 2015, les articles en cuir au contact de la peau ne peuvent pas être mis sur le marché européen si leur concentration en chrome VI atteint ou dépasse 3 mg/kg de cuir sec, soit trois milligrammes par kilogramme de cuir sec. Pour un objet composé de plusieurs matières, la règle vise chacune de ses parties en cuir concernées.

Le chrome VI peut rendre la peau allergique : elle peut alors réagir lors d’un nouveau contact. Il peut se former lorsque le chrome III utilisé pour préparer certaines peaux se transforme par une réaction chimique appelée oxydation. L'emploi de chrome III ne démontre donc pas, à lui seul, l'absence de chrome VI.

Le seuil se rapporte au cuir sec, pas au poids total du sac avec sa doublure, sa fermeture et son emballage. Ne demandez pas au laboratoire de mélanger ces éléments pour obtenir un résultat moyen. Faites identifier les parties à examiner et les conditions de contact avec l'utilisateur.

Pourquoi trouve-t-on aussi un seuil de 1 mg/kg ?

Une autre restriction de REACH, l'entrée 72, vise notamment les vêtements, leurs accessoires et les chaussures destinés aux consommateurs. Elle fixe pour le chrome VI un seuil de 1 mg/kg après extraction, dans la matière homogène concernée. Faites déterminer par le laboratoire les matières homogènes à examiner séparément. Une doublure peut comporter plusieurs matériaux : ne supposez pas qu’un résultat moyen sur toute la doublure suffise.

Cette restriction exclut notamment les parties entièrement en cuir naturel, fourrure ou peau, ainsi que les attaches et décorations non textiles. Les équipements de protection individuelle et les dispositifs médicaux relèvent aussi d'exclusions. Le seuil de 1 mg/kg ne remplace donc pas celui du cuir naturel.

Partie d'une chaussure ordinaire neuveRègle chrome VI à examiner
Partie en cuir naturel au contact de la peauEntrée 47 : interdiction dès 3 mg/kg de cuir sec.
Doublure textile couverte par l'entrée 72Interdiction dès 1 mg/kg après extraction.
Boucle métallique non textileExclue de l'entrée 72 ; examiner ses autres exigences.

Cet exemple concerne une chaussure destinée au grand public. Il sert à préparer le plan de contrôle avec le laboratoire ; il ne fournit pas une liste complète d'essais pour toutes les chaussures. Un gant de protection, un canapé et un sac de voyage demandent chacun un examen de leur usage.

Quel essai demander et comment lire le rapport ?

Les références ISO 17075-1:2017 et ISO 17075-2:2017 décrivent deux méthodes pour mesurer le chrome VI dans le cuir : la première mesure une coloration produite par une réaction chimique ; la seconde sépare les substances de l'extrait avant la mesure. On parle respectivement de colorimétrie et de chromatographie. Au 15 septembre 2026, le catalogue ISO les présente toujours comme les versions publiées ; les révisions annoncées sont encore des projets.

Avec la seconde méthode, la couleur de l’extrait ne perturbe pas la mesure. Lorsque les deux méthodes sont utilisées sur un même échantillon, ISO donne les résultats de la partie 2 comme référence. Cela ne rend pas automatiquement invalide tout rapport fondé sur la partie 1.

Demandez au laboratoire la référence complète retenue, son année de publication et sa capacité à examiner votre matière. Faites préciser les conditions utilisées pour extraire la substance : changer le liquide, son acidité ou la durée peut empêcher de comparer les résultats à ceux de la méthode normalisée.

« Non détecté » ne signifie pas « zéro »

Le rapport doit permettre de comprendre jusqu'à quel niveau la méthode utilisée mesure la substance. La limite de quantification est la plus petite quantité que le laboratoire peut mesurer avec la fiabilité annoncée. La limite de détection répond à une autre question : à partir de quel niveau repère-t-il un signal ?

Voici trois formulations fictives, uniquement pour apprendre à lire un résultat. Elles ne constituent ni un rapport d'essai ni une décision de conformité.

Formulation reçueCe qu'il faut clarifier
Chrome VI : non détectéQuelle limite de détection ou de quantification et quelle méthode ?
Chrome VI inférieur à 10 mg/kgCe résultat ne permet pas, seul, de vérifier un seuil de 3 mg/kg.
Chrome VI inférieur à 3 mg/kgQuel échantillon, quelle préparation et quelle conclusion du laboratoire ?

Pour un résultat proche d'une limite, demandez comment le laboratoire prend en compte l'incertitude de mesure et selon quelle règle il conclut. Ne transformez pas vous-même un chiffre arrondi en autorisation de vendre. Une limite contractuelle plus exigeante doit également être définie avec une méthode capable de la vérifier.

Comparez enfin la photographie du prélèvement avec le produit commandé. Le rapport identifie-t-il le cuir de la poignée, celui du corps du sac ou les deux ? La finition et le coloris correspondent-ils ? Si un code manque, demandez un complément reliant l'échantillon à la nomenclature du fournisseur, c'est-à-dire à sa liste de composants.

Le vieillissement aide à évaluer un risque, sans prédire le voyage

Le chrome VI peut évoluer selon les conditions auxquelles le cuir est soumis. Une étude de Mathiason, Lidén et Hedberg, publiée en 2015, a notamment examiné l'effet de l'humidité, des UV et des conditions d'extraction sur des cuirs utilisés pour des gants. Elle montre l'importance de ces paramètres dans les conditions étudiées ; elle ne fournit pas une recette de transport valable pour toutes les maroquineries.

Un contrôle de l'échantillon reçu reste utile. Selon le cuir, son procédé et le risque identifié, un essai complémentaire après vieillissement peut apporter une autre information. Faites discuter ce choix entre le fabricant, la tannerie et le laboratoire avant de lancer la série.

Ce que démontre le prévieillissement ISO 10195

ISO 10195:2018, confirmée en 2026, prévoit un prévieillissement thermique pour observer la tendance du cuir tanné au chrome à former du chrome VI sous des conditions définies. Son résumé précise que cette procédure ne simule aucune condition réelle de production ou d'utilisation. Elle ne prédit donc pas la teneur exacte après six semaines de transport.

Distinguez dans votre commande d'essais les résultats sur échantillon reçu et après prévieillissement. Demandez que la préparation et les références des méthodes apparaissent clairement. L'ajout systématique de deux essais à chaque commande n'est pas une obligation générale créée par la restriction du cuir : les essais choisis doivent répondre aux risques du produit et à vos exigences.

Préparer le stockage avec le fournisseur

Demandez comment les peaux et produits finis sont conservés, emballés et identifiés. Faites préciser les produits de traitement ajoutés, les conditions recommandées et les changements autorisés. Une nouvelle finition ou une autre tannerie justifie de réexaminer les preuves.

Il faut examiner ensemble les risques de moisissure et de chrome VI. Ne déduisez pas d'une étude sur l'humidité qu'il faut supprimer tous les dessiccants, ces produits qui absorbent l'humidité, ou humidifier les cartons. Convenez de conditions adaptées au produit, puis vérifiez leur application pendant la préparation et le transport.

Conservez un échantillon témoin identifié en notant ses conditions de conservation. En cas d'écart ultérieur, il aidera à comparer les références et les conditions de conservation. Il ne dispense pas d'examiner les marchandises effectivement reçues.

Examiner aussi les colorants, les traitements et les métaux

Un bon résultat pour le chrome VI ne renseigne pas sur toutes les substances. Décrivez les pièces et les traitements au laboratoire pour qu’il choisisse les autres essais utiles.

Les colorants azoïques concernés par l'entrée 43 de REACH ne doivent pas libérer les amines aromatiques listées au-delà de 30 mg/kg dans les articles ou parties teintes visés. La restriction concerne des textiles et cuirs susceptibles de rester en contact direct et prolongé avec la peau ou la bouche.

Le fumarate de diméthyle, appelé ici DMFu, est soumis à une autre restriction : plus de 0,1 mg/kg dans un article ou l'une de ses parties est interdit. Le contrôle ne se limite donc pas au petit sachet placé dans la boîte. Identifiez la substance par son nom et son numéro CAS 624-49-7 pour éviter une confusion avec le diméthylformamide, un autre produit chimique.

Pour les pièces métalliques destinées à un contact direct et prolongé avec la peau, l'entrée 27 limite la libération de nickel à 0,5 µg/cm²/semaine. Il s'agit de la quantité libérée, pas du pourcentage de nickel dans l'alliage. Toutes les boucles de tous les sacs ne sont pas automatiquement dans cette situation : examinez le contact prévu.

Cuir et colorisIdentifier la tannerie, la finition et les références à prélever.
Doublure et enductionDécrire les fibres et les traitements, dont l'enduction : une couche de produit déposée sur la surface.
Boucles et fermeturesPréciser le métal, le revêtement et le contact avec l'utilisateur.
La liste des pièces prépare le contrôle ; elle ne constitue pas un certificat de conformité.

Cette sélection de restrictions n'est pas exhaustive. Le laboratoire doit examiner les règles pertinentes pour les matières et l'usage retenus. De même, une déclaration sur la liste des substances candidates de REACH ne remplace pas la vérification des restrictions de son annexe XVII.

Étiqueter le cuir et tenir compte de l'usage final

Pour les produits concernés importés en France, le décret 2010-29 fixe les noms de matières et les informations à écrire sur l’étiquette. Il réserve le mot cuir aux matières animales répondant à sa définition. La croûte ou refente de cuir doit être distinguée du cuir ; une matière synthétique ne devient pas du cuir parce qu'elle en reproduit l'aspect.

La DGCCRF précise que les expressions « simili-cuir » ou « faux cuir » ne conviennent pas à la désignation d'une autre matière dans ce régime. Demandez la composition réelle plutôt que de traduire librement une formule commerciale du fournisseur. Un tannage végétal décrit un procédé appliqué à une peau animale ; ce terme ne décrit pas une matière issue exclusivement de végétaux.

Le décret prévoit notamment l'identification d'un professionnel, les matières des parties concernées et des mentions liées à l'espèce ou à la finition. Pour la maroquinerie et les articles de voyage, la mention de l'animal ou de l'espèce vise les parties extérieures. Les revêtements de meubles ont leurs propres précisions à porter.

Préparez l’étiquette à partir des matières réellement utilisées et des règles du produit, puis comparez-la à la fiche de vente. La mention d'une matière ne prouve pas sa conformité chimique ; inversement, un rapport d'essai n'autorise pas une dénomination trompeuse.

Les chaussures ont un étiquetage distinct

Les chaussures et les équipements de protection individuelle sont exclus du décret 2010-29. Celui-ci prévoit aussi une clause pour les produits légalement fabriqués ou commercialisés dans l'UE, l'EEE ou en Turquie : précisez votre circuit avant d'appliquer les exigences françaises.

Pour les chaussures, l'information porte sur la tige, l'ensemble doublure et semelle de propreté, puis la semelle extérieure. L'espèce animale n'y est pas obligatoire comme pour certains articles de maroquinerie ; une mention volontaire doit rester justifiable. Évitez de recopier directement une étiquette de sac sur une chaussure.

Un siège demande davantage qu'un essai chimique du revêtement

Pour du mobilier, faites examiner la sécurité de l'ensemble : revêtement, rembourrage, structure et usage. Depuis août 2026, la restriction du formaldéhyde prévoit notamment un plafond d'émission de 0,062 mg/m³ pour les meubles concernés, selon les conditions d'essai réglementaires. Elle comporte des exclusions, notamment pour les articles relevant de l'entrée 72 : ne transposez pas ce chiffre à tous les objets en cuir.

Dans les établissements recevant du public, les exigences peuvent dépendre de l'installation. L'article AM 18 traite notamment les rangées de sièges et prévoit des critères de comportement au feu pour les sièges rembourrés.

Cela ne permet pas d'imposer le même rapport à tout canapé, ni de conclure qu'un siège domestique n'a aucune exigence de sécurité. Précisez au fournisseur le lieu et l'usage envisagés, puis faites définir les vérifications correspondantes. Un échantillon de cuir seul ne décrit pas nécessairement le comportement du siège assemblé.

Relier les preuves au lot avant sa mise en vente

L'importateur doit s'assurer de la sécurité du produit et des vérifications requises du fabricant. Le règlement général sur la sécurité des produits, ou RSGP, prévoit notamment des obligations de documentation, d'identification et de suivi. Vendre le produit sous votre propre marque vous soumet aux obligations du fabricant dans ce cadre.

Organisez le contrôle dès le devis. Une demande « cuir conforme UE » laisse trop d'informations ouvertes pour comparer les offres et examiner ensuite un changement de matière.

  1. Décrire les pièces

    Lier chaque cuir, doublure et accessoire à une référence, un coloris et un fournisseur.

  2. Convenir des preuves

    Choisir avec le laboratoire les pièces à envoyer, les méthodes, les limites et les informations attendues.

  3. Vérifier la série

    Comparer les matières produites aux références acceptées ; noter et justifier les changements.

  4. Autoriser la vente

    Examiner les résultats, la traçabilité, les étiquettes et les éventuels écarts avant la vente.

Le dossier doit permettre de retrouver quelle partie du produit livré a été vérifiée.

Si un résultat révèle un problème, identifiez les références et lots concernés, attendez avant de les accepter et faites rechercher la cause. Une nouvelle attestation générale ne corrige pas le matériau. Définissez les mesures à prendre et les preuves permettant de vérifier la correction.

Lorsqu'un produit déjà mis sur le marché est dangereux, le RSGP impose notamment d'informer le fabricant, de prendre les mesures correctives nécessaires, d'informer les consommateurs et de notifier les autorités par le Safety Business Gateway. Selon la situation, les mesures peuvent comprendre un retrait ou un rappel. N'attendez pas la prochaine commande pour traiter le lot en circulation.

Cuir bovin : vérifier aussi le périmètre de la déforestation

Le règlement européen contre la déforestation, ou EUDR, demande un examen distinct des essais chimiques. Le 13 juillet 2026, la Commission a annoncé l'adoption d'un acte délégué retirant notamment les peaux et cuirs bovins de son champ. Elle précisait que cet acte devait encore être examiné par le Parlement et le Conseil avant d'entrer en vigueur.

Cette annonce ne suffit pas à établir, seule, l'exemption applicable à votre opération. Faites vérifier le texte entré en vigueur, le code douanier, l'espèce et la forme du produit avant de confirmer les justificatifs à fournir. Un cuir brut et un sac fini ne se classent pas automatiquement sous le même code.

Vous disposez alors d'une base pour discuter avec l'usine : quelle pièce manque au dossier, quel résultat doit être clarifié et quel changement demande une nouvelle vérification. C'est cette correspondance entre produit, preuves et lot qui rend le contrôle utile à votre importation.

Un point à éclaircir ?

Questions fréquentes

Quelle est la limite de chrome VI dans le cuir ?

La restriction européenne interdit la mise sur le marché des cuirs au contact de la peau dès 3 mg/kg de cuir sec. Pour un objet contenant plusieurs matières, la règle vise les parties en cuir concernées, pas la masse de tout l'objet.

Faut-il toujours faire vieillir le cuir avant son essai ?

Non : il n'existe pas d'obligation générale de doubler chaque essai au titre de cette restriction. Un prévieillissement peut être convenu selon le risque et le produit. ISO 10195 donne une indication de tendance sous conditions définies, sans simuler le voyage réel.

Un rapport ISO 17075-1 est-il automatiquement insuffisant ?

Non. Les parties 1 et 2 décrivent deux méthodes. La chromatographie de la partie 2 évite les interférences de couleur et sert de référence lorsque les deux méthodes sont appliquées au même échantillon. Faites examiner le rapport par le laboratoire.

Peut-on appeler cuir une matière synthétique ?

Pour les produits concernés par la réglementation française sur le cuir, ce terme est réservé aux matières animales répondant à sa définition. Demandez la composition réelle et utilisez la dénomination adaptée. Les chaussures ont un régime d'étiquetage distinct.

Un essai chrome VI suffit-il pour contrôler un sac ?

Non. Il faut aussi examiner les autres substances et matières pertinentes, les pièces métalliques selon leur contact avec la peau, les informations produit et la traçabilité du lot. Le programme dépend de la construction et de l'usage du sac.

L'auteur

Jean Perri

Co-fondateur, agent de sourcing & General Manager de Sino Shipping & Sourcing

Jean Perri, co-fondateur et General Manager de Sino Shipping & Sourcing. Arrivé à Shanghai en 2009, diplômé de Fudan, il accompagne les achats des entreprises francophones en Chine.

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REACH

REACH est le règlement européen qui encadre les substances chimiques, y compris celles contenues dans des objets. Un vêtement, un meuble ou un bijou importé peut donc être concerné. Les obligations dépendent du produit et des substances présentes : respecter les restrictions, informer les clients et, dans certains cas, déclarer à l'ECHA.

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Marquage CE

Le marquage CE est le signe par lequel le fabricant déclare qu’un produit respecte les exigences européennes applicables qui prévoient ce marquage. Selon le produit, la conformité est évaluée sous sa responsabilité seule ou avec un organisme notifié. Vendre sous votre marque peut vous donner les obligations du fabricant.

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